Pascal "Pensées" (1669, posth.) suivies des "Remarques sur les Pensées de Pascal " de Voltaire, "Lettres philosophiques", Vingt-cinquième lettre, 1734.

Publié le 24 Octobre 2011

 

 

 

 

 

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Les Pensées de Pascal sont les fragments dispersés d'un grand traité apologétique

qu'il se proposait de rédiger pour défendre la religion catholique pour ramener

à Dieu ce qui s'en était égaré. OEuvre inachevé, mais sans doute inachevable.

 Elles ont été publiées après sa mort par ses amis dans un ordre thématique assez

sommaire qu'il avait laissé.

 

 

 

Je puis bien concevoir un homme sans mains, pieds, tête (car ce n'est que l'expérience qui nous apprend

que la tête est plus nécessaire que les pieds). Mais je ne puis concevoir l'homme sans pensée : ce serait une

pierre ou une brute.

Penser  fait la grandeur de l'homme.

L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature; mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas

que l'univers entier  s'arme pour l'écraser : une vapeur, une goutte d'eau, suffit pour le tuer. Mais,

quand l'univers l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue, puisqu'il sait qu'il meurt,

et l'avantage que l'univers a sur lui; l'univers n'en sait rien.
Toute notre dignité consiste donc en la pensée. C'est de là qu'il faut nous relever et non de l'espace
et

de la durée, que nous ne saurions remplir. Travaillons donc à bien penser : voilà le principe de la morale. (347)

 

Ce n'est point de l'espace que je dois chercher ma dignité, mais c'est du règlement de ma pensée. Je n'aurai pas

davantage en possédant des terres : par l'espace, l'univers me comprend et m'engloutit comme un point;

par la pensée, je le comprends. (348)

 

Blaise Pascal , Pensées  (347-348), posth. 1669

 

 

Écritures  1 p. 264

 

 

NETPROF.fr : Philosophie / Terminale : L'explication de texte : exemple pratique de la méthode

 

http://www.netprof.fr/Voir-le-cours-en-video-flash/Philosophie/Terminale/L-explication-de-texte-exemple-pratique-de-la-methode,3,5,6,1.aspx

 

 

NETPROF.fr : Format texte PDF

http://www.netprof.fr/content/videos/6/Philosophie_Explication_de_texte_Exemple_pratique_de_la_methode.pdf

 

 

 

 

 

 

Environ 60 ans après Voltaire  répondra ainsi :

 

Voltaire : « Remarques sur les Pensées de Pascal » : remarques 23, 26, 28, 35

 

XXIII

 

Mais quand j’y ai regardé de plus près, j’ai trouvé que cet éloignement que les hommes ont du repos, et de demeurer avec eux-mêmes, vient d’une cause bien effective, c’est-à-dire du malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable, que rien ne nous peut consoler, lorsque rien ne nous empêche d’y penser, et que nous ne voyons que nous.

 

Ce mot, ne voir que nous, ne forme aucun sens. Qu’est-ce qu’un homme qui n’agirait point, et qui est supposé se contempler ? Non seulement je dis que cet homme serait un imbécile, inutile à la société, mais je dis que cet homme ne peut exister : car que contemplerait-il ? Son corps, ses pieds, ses mains, ses cinq sens ? Ou il serait un idiot, ou bien il ferait usage de tout cela : resterait-il à contempler sa faculté de penser ? Mais il ne peut contempler cette faculté qu’en l’exerçant. Ou il ne pensera à rien, ou bien il pensera aux idées qui lui sont déjà venues, ou il en composera de nouvelles : or, il ne peut avoir d’idées que du dehors. Le voilà donc nécessairement occupé ou de ses sens ou de ses idées, le voilà donc hors de soi, ou imbécile.

Encore une fois, il est impossible à la nature humaine de rester dans cet engourdissement imaginaire ; il est absurde de le penser, il est insensé d’y prétendre. L’homme est né pour l’action, comme le feu tend en haut et la pierre en bas. N’être point occupé et n’exister pas est la même chose pour l’homme. Toute la différence consiste dans les occupations douves ou tumultueuses, dangereuses ou utiles.

 

XXVI

 

On doit donc reconnaître que l’homme est si malheureux qu’il s’ennuierait même sans aucune cause étrangère d’ennui, par le propre état de sa condition.

 

Au contraire l’homme est si heureux en ce point, et nous avons tant d’obligation à l’auteur de la nature, qu’il a attaché l’ennui à l’inaction, afin de nous forcer par là à être utiles au prochain et à nous-mêmes.

 

XXVIII

 

Qu’on s’imagine un nombre d’hommes dans les chaînes et tous condamnés à mort, dont les uns étant chaque jour égorgés à la vue des autres, ceux qui restent voient leur propre condition dans celle de leurs semblables, et se regardant les uns les autres avec douleur et sans espérance, attendent leur tour. C’est l’image de la condition des hommes.

 

 

 

Cette comparaison assurément n’est pas juste : des malheureux enchaînés qu’on égorge l’un après l’autre, sont malheureux, non seulement parce qu’ils souffrent, mais encore parce qu’ils éprouvent ce que les autres hommes ne souffrent pas. Le sort naturel d’un homme n’est ni d’être enchaîné ni d’être égorgé ; mais tous les hommes sont faits comme les animaux et les plantes, pour croître, pour vivre un certains temps, pour produire leur semblable et pour mourir. On peut dans une satire montrer l’homme tant qu’on voudra du mauvais côté ; mais pour peu qu’on se serve de sa raison, on avouera que de tous les animaux, l’homme est le plus parfait, le plus heureux, et celui qui vit le plus longtemps. Au lieu donc de nous étonner et de nous plaindre du malheur et de la brièveté de la vie, nous devons nous étonner et nous féliciter de notre bonheur et de sa durée. A ne raisonner qu’en philosophe, j’ose dire qu’il y a bien de l’orgueil et de la témérité à prétendre que par notre nature nous devons être mieux que nous ne sommes.

 

XXXV

 

Ce n’est pas être heureux que de pouvoir être réjoui par le divertissement ; car il vient d’ailleurs, et de dehors ; ainsi il est dépendant, et par conséquent sujet à être troublé par mille accidents qui font les afflictions inévitables.

 

Celui-là est actuellement heureux qui a du plaisir, et ce plaisir ne peut venir que de dehors. Nous ne pouvons avoir de sensations ni d’idées que par les objets extérieurs, comme nous ne pouvons nourrir notre corps qu’en y faisant entrer des substances étrangères qui se changent en la nôtre.

 

Voltaire, Lettres philosophiques, Vingt-cinquième lettre, 1734.

 

 

 

 

Rédigé par memoiresdeprof.over-blog.com

Publié dans #II D ESABAC

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