Jean-Jacques Rousseau "Le plus fort n'est jamais assez fort pour être toujours le maître" Du contrat social (1762)

Publié le 7 Avril 2014

 

 

 

 

 

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Jean-Baptiste Hilair (1753-1822)
Vue du Panthéon avec le char de la pompe-funèbre
de Jean-Jacques Rousseau
, 1794

Plume et encre noire, aquarelle et gouache - 53,5 x 62,6 cm
Vizille, Musée de la Révolution Française

 

 

Le plus fort n'est jamais assez fort pour être toujours le maître, s'il ne transforme sa force en droit et l'obéissance en devoir. De là le droit du plus fort, droit pris ironiquement en apparence, et réellement établi en principe. Mais ne nous expliquera-t-on jamais ce mot? La force est une puissance physique ; je ne vois point quelle moralité peut résulter de ses effets. Céder à la force est un acte de nécessité, non de volonté ; c'est tout au plus un acte de prudence. En quel sens pourra-ce être un devoir ?

Supposons un moment ce prétendu droit. Je dis qu'il n'en résulte qu'un galimatias inexplicable. Car sitôt que c'est la force qui fait le droit, l'effet change avec la cause ; toute force qui surmonte La première succède à son droit. Sitôt qu'on peut désobéir impunément, on le peut légitimement, Et puisque le plus fort a toujours raison, il ne s'agit que de faire en sorte qu'on soit le plus fort. Or qu'est-ce qu'un droit qui périt quand la force cesse? S'il faut obéir par force, on n'a pas besoin d'obéir par devoir, et si l'on n'est plus forcé d'obéir, on n'y est plus obligé. On voit donc que ce mot de droit n'ajoute rien à la force ; il ne signifie ici rien du tout.

Obéissez aux puissances. Si cela veut dire : cédez à la force, le précepte est bon, mais superflu, je réponds qu'il ne sera jamais violé. Toute puissance vient de Dieu, je l'avoue ; mais toute maladie en vient aussi. Est-ce à dire qu'il soit défendu d'appeler le médecin? Qu'un brigand me surprenne au coin d'un bois : non seulement il faut par force donner la bourse, mais, quand je pourrais la soustraire, suis-je en conscience obligé de la donner? car enfin le pistolet qu'il tient est aussi une puissance.

Convenons donc que force ne fait pas droit, et qu'on n'est obligé d'obéir qu'aux puissances légitimes. Ainsi ma question primitive revient toujours.

 

J.-J.Rousseau, Du contrat social, 1762, Livre I, chap. III, Éd. Flammarion,

coll. « GF », 2001. 

 

   

Propositions pour étudier l'extrait  :

 

Luc Vincenti Rousseau Du contrat social, Philo-oeuvres, ELLIPSES, 2000

 

 

Philagora.net

 

 

 

Meatschool.free

 

 

 

Philocast-hatier.com

 

 

 

Philolog.fr

 

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Rédigé par memoiresdeprof.over-blog.com

Publié dans #II D ESABAC

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