VOLTAIRE, Candide ou l’optimisme , ch. XIX (1759) - Écriture 1 : extrait p. 355, le conte p. 359

Publié le 28 Mars 2011

 

 

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VOLTAIRE, Candide ou l’optimisme , ch. XIX (1759)

Écriture 1 :  extrait p. 355,   Le conte   pp. 359

 

En approchant de la ville,(1) ils rencontrèrent un nègre étendu par terre, n’ayant plus que la moitié de son

habit, c’est-à-dire d’un caleçon de toile bleue ; il manquait à ce pauvre homme la jambe gauche et la main

 droite.

« Eh, mon Dieu ! lui dit Candide en hollandais, que fais-tu là, mon ami, dans l’état horrible où je te vois ?

– J’attends mon maître, M. Vanderdendur, le fameux négociant, répondit le nègre. Est-ce M. Vanderdendur,

dit Candide, qui t’a traité ainsi ? – Oui, monsieur, dit le nègre, c’est l’usage. On nous donne un caleçon

de toile pour tout vêtement deux fois l’année. Quand nous travaillons aux sucreries, et que la meule nous

attrape le doigt, on nous coupe la main ; quand nous voulons nous enfuir, on nous coupe la jambe : je me

suis trouvé dans les deux cas(2). C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe. Cependant, lorsque

ma mère me vendit dix écus patagons(3) sur la côte de Guinée, elle me disait : « Mon cher enfant, bénis nos

fétiches, adore-les toujours, ils te feront vivre heureux, tu as l’honneur d’être esclave de nos seigneurs les

blancs, et tu fais par là la fortune de ton père et de ta mère. » Hélas ! je ne sais pas si j’ai fait leur fortune,

mais ils n’ont pas fait la mienne. Les chiens, les singes et les perroquets sont mille fois moins malheureux

que nous. Les fétiches hollandais qui m’ont converti me disent tous les dimanches que nous sommes tous

enfants d’Adam, blancs et noirs. Je ne suis pas généalogiste ; mais si ces prêcheurs disent vrai, nous sommes

tous cousins issus de germains. Or vous m’avouerez qu’on ne peut pas en user avec ses parents d’une

manière plus horrible. »

« O Pangloss ! s’écria Candide, tu n’avais pas deviné cette abomination ; c’en est fait, il faudra qu’à la fin

je renonce à ton optimisme. – Qu’est-ce qu’optimisme ? disait Cacambo. – Hélas ! dit Candide, c’est la

rage de soutenir que tout est bien quand on est mal » ; et il versait des larmes en regardant son nègre ; et

en pleurant, il entra dans Surinam.

 

 

 

1. Surinam, ville de l’ancienne Guyane hollandaise, au nord du Brésil.

2. Le « Code Noir » précise qu’un esclave fugitif doit avoir les oreilles coupées ; s’il récidive, on lui coupe le jarret.

3. Monnaie de Flandre.

 

Entraînement au commentaire

Vous composerez le plan détaillé du commentaire de cet extrait.

Pour réussir

Vous pouvez ordonner votre commentaire en vous posant la question suivante :

Quels sont les moyens mis en oeuvre pour dénoncer l’esclavage ? Que dire de leur efficacité ?

Si vous éprouvez toujours des difficultés, voici quelques questions susceptibles de vous aider à « démarrer

» :

1 Analysez votre impression première à la lecture de cet extrait. De quel décalage provient-elle ?

2Étude de la composition : comment l’argumentation s’inscrit-elle dans la trame du récit ?

3 Étude des registres :

a. La scène repose sur un constat : Candide découvre un esclave. Ce constat est-il tout à fait neutre ?

Quel est l’effet créé sur le lecteur ?

b. Étudiez l’ironie voltairienne dans cet extrait.

 L’esclavage est-il la seule cible de la critique ?

 

 

Candide ou l'Optimisme

 

 

Candide a été publié en 1759. C'est une période pénible pour Voltaire (guerre de 7 ans entre la France et la Prusse très meurtrière). Il y a également eu un tremblement de terre très dévastateur à Lisbonne en 1755 qui l'a beaucoup marqué. Candide est une réflexion sur le mystère du mal et sur comment concilier l'existence du mal sur terre avec l'existence de Dieu. Candide est publié simultanément à Genève, en Angleterre et en France. Candide est présenté comme un ouvrage traduit de l'Allemand par le Dr Ralph. Les romans, à l'époque, ne sont pas signés. Les romans sont superficiels, contrairement au théâtre considéré comme bien supérieur.

    Ce conte philosophique est basé, comme le signale son nom, sur le personnage principal qui se nomme Candide. Ici, le lecteur est le spectateur de l’évolution du caractère et de la réflexion de Candide.

  Tout au long de ce roman, qui est en réalité un conte philosophique, Voltaire critique implicitement l’optimisme et la Religion et ses représentants. En effet, le lecteur attentif remarque que Voltaire créé un certain affrontement entre l’Optimisme, qui est personnifié par Pangloss, et le Pessimisme, qui est personnifié par Martin. L’un ne pouvant pas prévaloir l’autre.

 

Candide
  " Sa physionomie annonçait son âme. ". Voltaire nous décrit Candide comme un personnage peu crédible et très crédule. Il croit aveuglément à la philosophie de Pangloss, le précepteur du château. Il ne pense jamais par lui-même, cherche toujours conseil auprès de quelqu’un d’autre que lui et est très dépendant de Pangloss. C’est vers la fin du conte que Candide pourra pour la première fois, faire taire Pangloss et lui exposer sa pensée sans redouter quelque moquerie de sa part.

Naïf et insouciant, le jeune Candide aime éperdument la belle Cunégonde mais seulement pour ses attraits, je cite, " fraîche, grasse et appétissante ".

C’est d’ailleurs à cause d’elle que Candide se fait renvoyer du beau château de Thunder-ten-tronckh comme Adam se fit renvoyer du Jardin d’Eden lorsqu’il goûta au fruit défendu, Cunégonde étant ici le fruit défendu.

 

Cunégonde
  C’est la fille du baron de Thunder-ten-tronckh.

En intégrant le personnage de Cunégonde à ce conte quelque peu épique, Voltaire cherche à démontrer que les femmes ne sont que des sources d’ennuis. Le renvoi de Candide du château en est un très bel exemple. Rappelons que Voltaire se sert beaucoup de sources Antiques et qu’une femme d’une très grande beauté nommée Hélène était la cause de la Guerre de Troie et de sa décadence. C’est une fois encore, un argument assez dépréciatif contre les femmes.

  

Pangloss
  " Le précepteur Pangloss était l’oracle de la maison. " Rien qu’avec ces quelques mots, Voltaire nous présente le personnage le plus amusant et le plus ridicule de tout le conte. Pangloss est un disserte en tout point, il avance des théories sur l’Optimisme inspirées de Leibniz qui finissent par devenir de plus en plus pathétiques vers la fin du récit..

Voltaire, qui n’aime pas ce genre de personnage, nous met en garde contre de pareilles gens.

 

Martin
  C’est l’opposé de Pangloss. Très terre-à-terre à cause de ses expériences malheureuses, il donne de très bons conseils à Candide quand celui-ci en demande. Il rencontrera Candide au chapitre 19 quand Candide s’apprête à retourner en Europe.

 

Cacambo
  Il est un des rares personnages à donner des conseils utiles à Candide, avec la vieille et Martin. Il a apparemment beaucoup d’expérience car il sait quoi faire en toute circonstance.

Voltaire veut que le lecteur tire une leçon de Candide : il vaut mieux cultiver son jardin et trouver sa propre harmonie plutôt que de s’occuper de celle du monde et de philosopher sur celle-ci.

 

 

 

 

 

 

 

Rédigé par memoiresdeprof.over-blog.com

Publié dans #II D ESABAC

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