Racine, Phèdre , Acte I , Scène III

Publié le 15 Décembre 2010

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Phèdre, mise en scène de Patrice Chéreau (2003)

http://www.theatre-odeon.fr/fichiers/t_downloads/file_284_dpd__phedre.pdf

 

 

vidéo

 

 

 

 

 

Voici la scène III, Acte Ie,  de Phèdre

 

Il s’agit de la grande scène du premier acte, l’acte d’exposition. Phèdre entre en scène après avoir été décrite comme mourante par Théramène (v.45 "Phèdre atteinte d’un mal qu’elle s’obstine à taire" ) et par sa nourrice, Oenone (v.147 "Un désordre éternel règne dans son esprit" ). Cette entrée en scène est ainsi chargée de mystère. Il faut noter la particularité de cette exposition : on arrive à un moment de crise, le premier acte s’ouvre en effet sur un départ, Hippolyte veut partir à la recherche de son père, suite à une absence de six mois de Thésée. Phèdre apparaît exténuée, aux portes de la mort. Cette  longue scène prèsente  l’aveu de Phèdre à Oenone : elle lui confie les raisons de son mal. C’est un aveux difficile et douloureux, elle "accouche" d’une vérité qu’elle porte en elle et qu’elle ne peut plus cacher.

 

À suivre quelques liens pour mieux comprendre la tragédie racinienne

 

 

 Acte Ie

Scène III

Phèdre, Oenone


Phèdre
N'allons point plus avant. Demeurons, chère Oenone.
Je ne me soutiens plus ; ma force m'abandonne.
Mes yeux sont éblouis du jour que je revoi,
Et mes genoux tremblants se dérobent sous moi.
Hélas !
(Elle s'assied.)

Oenone
Dieux tout−puissants, que nos pleurs vous apaisent !

Phèdre
Que ces vains ornements, que ces voiles me pèsent !
Quelle importune main, en formant tous ces noeuds,
A pris soin sur mon front d'assembler mes cheveux ?
Tout m'afflige et me nuit, et conspire à me nuire.

Oenone
Comme on voit tous ses voeux l'un l'autre se détruire !
Vous−même, condamnant vos injustes desseins,
Tantôt à vous parer vous excitiez nos mains ;
Vous−même, rappelant votre force première,
Vous vouliez vous montrer et revoir la lumière,
Vous la voyez, Madame, et prête à vous cacher,
Vous haïssez le jour que vous veniez chercher !

Phèdre
Noble et brillant auteur d'une triste famille,
Toi, dont ma mère osait se vanter d'être fille,
Qui peut−être rougis du trouble où tu me vois,
Soleil, je te viens voir pour la dernière fois !

Oenone
Quoi ! vous ne perdrez point cette cruelle envie ?
Vous verrai−je toujours, renonçant à la vie,
Faire de votre mort les funestes apprêts ?

Phèdre
Dieux ! que ne suis−je assise à l'ombre des forêts !
Quand pourrai−je, au travers d'une noble poussière,
Suivre de l'oeil un char fuyant dans la carrière ?

Oenone
Quoi, Madame ?

Phèdre
Insensée, où suis−je ? et qu'ai−je dit ?
Où laissé−je égarer mes voeux et mon esprit ?
Je l'ai perdu : les dieux m'en ont ravi l'usage.
Oenone, la rougeur me couvre le visage :
Je te laisse trop voir mes honteuses douleurs,
Et mes yeux, malgré moi, se remplissent de pleurs.

 

Oenone
Ah ! s'il vous faut rougir, rougissez d'un silence
Qui de vos maux encore aigrit la violence.
Rebelle à tous nos soins ; sourde à tous nos discours,
Voulez−vous sans pitié laisser finir vos jours ?
Quelle fureur les borne au milieu de leur course ?
Quel charme ou quel poison en a tari la source ?
Les ombres par trois fois ont obscurci les cieux
Depuis que le sommeil n'est entré dans vos yeux ;
Et le jour a trois fois chassé la nuit obscure
Depuis que votre corps languit sans nourriture.
A quel affreux dessein vous laissez−vous tenter ?
De quel droit sur vous−même osez−vous attenter ?
Vous offensez les dieux auteurs de votre vie,
Vous trahissez l'époux à qui la foi vous lie,
Vous trahissez enfin vos enfants malheureux,
Que vous précipitez sous un joug rigoureux.
Songez qu'un même jour leur ravira leur mère,
Et rendra l'espérance au fils de l'étrangère,
A ce fier ennemi de vous, de votre sang,
Ce fils qu'une Amazone a porté dans son flanc,
Cet Hippolyte...

Phèdre
Ah ! dieux !

Oenone
Ce reproche vous touche ?

Phèdre
Malheureuse, quel nom est sorti de ta bouche ?

Oenone
Eh bien ! votre colère éclate avec raison :
J'aime à vous voir frémir à ce funeste nom.
Vivez donc : que l'amour, le devoir, vous excite ;
Vivez, ne souffrez pas que le fils d'une Scythe,
Accablant vos enfants d'un empire odieux,
Commande au plus beau sang de la Grèce et des dieux.
Mais ne différez point : chaque moment vous tue.
Réparez promptement votre force abattue,
Tandis que de vos jours, prêts à se consumer,
Le flambeau dure encore, et peut se rallumer.

Phèdre
J'en ai trop prolongé la coupable durée.

Oenone
Quoi ? de quelques remords êtes−vous déchirée ?
Quel crime a pu produire un trouble si pressant ?
Vos mains n'ont point trempé dans le sang innocent.

Phèdre
Grâces au ciel, mes mains ne sont point criminelles.
Plût aux dieux que mon coeur fût innocent comme elles !

 

http://www.alalettre.com/racine-oeuvres-phedre.php

http://www.etudes-litteraires.com/phedre.php

http://www.lettres.net/cours/racine-amour/phedre.htm

http://www.ina.fr/art-et-culture/arts-du-spectacle/video/I04261062/jean-louis-barrault-a-propos-de-la-mise-en-scene-de-phedre.fr.html

 

 

 

 

Rédigé par memoiresdeprof.over-blog.com

Publié dans #II D ESABAC

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