Les Lumières - Les Philosophes et la contestation dans l'écriture au XVIIIe siècle

Publié le 17 Avril 2011

 

 

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Jean Hubert Un dîner de philosophes (1772)

 

Le peintre Jean Huber (1721-1786) devint l'un des familiers de Voltaire et, sous la forme de croquis, de tableaux ou de découpures, laissa des témoignages essentiels sur la vie quotidienne du patriarche de Ferney. Le tableau ci-dessus donne une assez bonne idée de la « cour » que Voltaire entretint dans son château, lui que l'interdit de séjour à Versailles, promulgué par Louis XV, transforma en « aubergiste de l'Europe », à deux pas de la Suisse. Au centre, levant la main comme pour imposer le silence, Voltaire semble vouloir laisser la parole à Diderot (à droite), cependant que Condorcet (à gauche) continue son aparté avec le père Adam, lui aussi familier de Voltaire et bien le seul ecclésiastique qu'il tolérât ! Ces conversations brillantes, bien à l'écart des princes, sont une des caractéristiques essentielles de ce siècle où les idées font leur chemin à partir des salons et des cafés.

http://www.site-magister.com/philosophis.htm

 

 

 

1. Le philosophe est un homme de contestation

Nulle proposition ne peut être reçue pour révélation divine,  si elle est contradictoirement opposée à ce qui nous est connu, ou par une intuition immédiate, telles que sont les propositions évidentes par elles-mêmes, ou par des déductions évidentes de la raison, comme dans les démonstrations ; parce que l’évidence qui nous fait adopter de telles révélations ne pouvant surpasser la certitude de nos connaissances, tant intuitives que démonstratives, si tant est qu’elle puisse l’égaler, il serait ridicule de lui donner la préférence [...]. Il est donc inutile de prêcher comme articles de foi des propositions contraires à la perception claire que nous avons de la convenance ou de la disconvenance de nos idées. Par conséquent, dans toutes les choses dont nous avons une idée nette et distincte, la raison est le vrai juge compétent ; et quoique la révélation en s’accordant avec elle puisse confirmer ces décisions, elle ne saurait pourtant dans de tels cas invalider ses décrets : et partout où nous avons une décision claire et évidente de la raison, nous ne pouvons être obligés d’y renoncer pour embrasser l’opinion contraire, sous prétexte que c’est en matière de foi. La raison de cela, c’est que nous sommes hommes avant que d’être chrétiens.

DIDEROT, article « Raison », Encyclopédie

 

2. Le philosophe est un sage

Le philosophe se sert de la raison qui permet de comprendre le monde. C’est un grand et beau spectacle de voir l’homme sortir en quelque manière du néant par ses propres efforts ; dissiper, par les lumières de sa raison, les ténèbres dans lesquelles la nature l’avait enveloppé ; s’élever au-dessus de soi-même ; s’élancer par l’esprit jusque dans les régions célestes : parcourir à pas de géant, ainsi que le soleil, la vaste étendue de l’univers ; et, ce qui est encore plus grand et plus difficile, rentrer en soi pour y étudier l’homme et connaître sa nature, ses devoirs et sa fin. Toutes ces merveilles se sont renouvelées depuis peu de générations.

ROUSSEAU, Discours sur les Sciences et les Arts

 

 

3. Un savant pour qui « la seule science est la science des faits » (Buffon)

Nous avons trois moyens principaux : l’observation de la nature, la réflexion et l’expérience. L’observation recueille les faits ; la réflexion les combine ; l’expérience vérifie le résultat de la combinaison. Il faut que l’observation de la nature soit assidue, que la réflexion soit profonde, et que l’expérience soit exacte. On voit rarement ces moyens réunis. Aussi les génies créateurs ne sont-ils pas communs.

DIDEROT, Pensées sur l’interprétation de la Nature, XV

 

4. « Un honnête homme qui veut plaire » (Dumarsais)

L’homme est sociable, parce qu’il aime le bien-être et se plaît dans un état de  sécurité. Ces sentiments sont naturels, c’est-à-dire découlent de l’essence ou de la nature d’un être qui cherche à se conserver, qui s’aime lui même, qui veut rendre son existence heureuse et qui saisit avec ardeur les moyens d’y parvenir. Tout prouve à l’homme que la vie sociale lui est avantageuse ; l’habitude s’y attache et il se trouve malheureux dès qu’il est privé de l’assistance de ses semblables. Voilà le vrai principe de la sociabilité.

D’HOLBACH, De la politique naturelle, I

 

5. Un homme d’action et un bienfaiteur de l’humanité

Le vrai philosophe défriche les champs incultes, augmente le nombre des charrues, et par conséquent des habitants ; occupe le pauvre et l’enrichit, encourage les mariages, établit l’orphelin, ne murmure  point contre des impôts nécessaires, et met le cultivateur en état de les payer avec allégresse. Il n’attend rien des hommes, et il leur fait tout le bien dont il est capable. Il a l’hypocrite en horreur, mais il plaint le superstitieux : enfin il sait être ami.

VOLTAIRE, Lettre à Damilaville, Ferney, 1er mars 1765 (voir p.171)

 

 

6. Un être de dialogue

On dit : Vivre, et philosopher ensuite ; je dis, tout au contraire : Philosopher d’abord, et vivre après, si l’on peut. Peut être eussiez-vous moins rabaissé ces sublimes leçons de morale qui ne s’adressent qu’à la portion opulente, oisive et corrompue de la société, si vous eussiez considéré l’influence bonne ou mauvaise, mais nécessaire, des moeurs des citoyens distingués sur la multitude qui les environne et qui  les imite sans presque s’en apercevoir. L’opinion, ce mobile dont vous connaissez toute la force pour le bien et pour le mal, n’est à son origine que l’effet d’un petit nombre d’hommes qui parlent après avoir pensé, et qui forment sans cesse, en différents points de la société, des centres d’instructions d’où les erreurs et les vérités raisonnées gagnent de proche en proche, jusqu’aux derniers confins de la cité, où elles s’établissent comme des articles de foi. Là tout l’appareil de nos discours s’est évanoui, il n’en reste que le dernier mot. Nos écrits n’opèrent que sur une certaine classe de citoyens, nos discours sur toutes ; c’est la glace devant laquelle l’homme qui respire a passé.

DiDEROT, Lettre à Necker, 12 juin 1775

 

 

7. Le philosophe à la conquête de la liberté

Chaque siècle a son esprit qui le caractérise. L’esprit du nôtre semble être celui de la liberté. La première attaque contre la superstition a été violente, sans mesure. Une fois que les hommes ont osé d’une manière quelconque donner l’assaut à la barrière de la religion, cette barrière, la plus formidable qui existe comme la plus respectée, il est impossible de s’arrêter. Dès qu’ils ont tourné les regards menaçants contre la majesté du ciel, ils ne manqueront pas, le moment d’après, de les diriger contre la souveraineté de la terre. Le câble qui tient et comprime l’humanité est formé de deux cordes : l’une ne peut céder sans que l’autre vienne à rompre.

DIDEROT, Lettre à /a princesse Dishkoff, 3 avril 1771

 

 

 

 

Lexique

 

 http://www.etudes-litteraires.com/bac-francais/figures-de-style.php

 

http://www.lettres.org/lexique/

 

 

Antiphrastique : qui utilise l’antiphrase, c’est-à-dire une figure consistant à employer un mot

ou une expression pour signifier le contraire de son sens véritable.

 

Argumentaire ensemble des arguments étayant une thèse.

 

Argument  d’autorité : argument consistant à citer une personne qui fait autorité

(par sa compétence reconnue ou sa célébrité).

 

Auteur personne qui produit une oeuvre.

 

Captatio benevolentiae : ensemble des éléments par lesquels un orateur commence son discours

pour se ménager la bienveillance de son auditoire.

 

Déictique : terme qui sert à montrer (par ex : démonstratif).

 

Déiste : celui qui admet l’existence d’une divinité, sans accepter de religion révélée, ni de dogme.

 

Enthymème : syllogisme dont la conclusion n’est pas explicitement exprimée / Forme de raisonnement dans laquelle le syllogisme est réduit à deux termes, l'antécédent* et le conséquent*. Un enthymème célèbre est celui de Descartes « Je pense, donc je suis »

 

Ethnocentrisme : tendance à privilégier le groupe social auquel on appartient et à en faire le seul modèle de référence  /  Comportement social et attitude inconsciemment motivée qui conduisent à privilégier et à surestimer le groupe racial, géographique ou national auquel on appartient, aboutissant parfois à des préjugés en ce qui concerne les autres peuples ».

 

Libelle : court écrit de nature satirique, peut être employé comme un synonyme de pamphlet.

 

Litote : figure de style qui consiste à dire le moins pour signifier le plus.

 

Locuteur : celui qui parle et qui dit « je ».

 

Mélioratif : qualifie les termes qui valorisent.

 

Pamphlet : petit ouvrage de circonstance d’esprit satirique ou polémique, au ton violent et incisif.

 

Pastiche : texte qui imite le style d’un autre texte ou d’un écrivain.

 

Plaidoyer : discours destiné à défendre  /  Exposé argumenté, convaincu, en faveur d'une personne, d'une idée, d'une institution.

synonyme Plaidoirie  : Exposé oral effectué à l'audience devant les juges appelés à statuer sur une affaire, par un avocat chargé d'expliquer les faits et de soutenir les droits et prétentions de son client.  Discours  / défense / (harangue)

 

Raisonnement a fortiori : conclut de la vérité d’une proposition à la vérité d’une autre pour laquelle

la raison invoquée convient encore mieux.

 

Raisonnement par analogie : prend une comparaison pour argument.

 

 

Rédigé par memoiresdeprof.over-blog.com

Publié dans #II D ESABAC

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