L'École des femmes, Molière

Publié le 3 Février 2011

 

 

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Les personnages :

Agnès. : Il faut étudier le personnage d’Agnès dans son évolution  remarquable et rapide de la jeune  gourde à la femme émancipée. Explicable certes par sa naissance qui l’a dotée d’intelligence, par son absence d’éducation qui a maintenu jusque là son intelligence en friche, par la nature elle-même qui s’impose sous l’impulsion de sens réveillés, voire révélés par l’émoi amoureux. Néanmoins cette évolution est difficilement vraisemblable en si peu de temps. Les critiques en reprocheront à Molière l’invraisemblance. C’est oublier qu’on est au théâtre. En effet le théâtre est un concentré de vie, d’émotions ; ce n’est pas la vie dans son déroulement linéaire, facteur de lente maturation psychologique.

Et puis à travers Agnès, c’est toute une philosophie de l’existence que Molière porte sur le théâtre.  " Le moyen d’empêcher ce qui fait du plaisir " interroge Agnès. Molière qu’on a dit élève de Gassendi est en tout cas un adepte de l’épicurisme dont le jeune Louis XIV se sent proche. Les rapports entre Molière et le Roi peuvent paraître surprenants. Pourquoi cet indéfectible soutien, sauf à la toute fin de la vie de Molière ? Quelle est la nature de la cabale contre Molière qui commence avec L’Ecole des Femmes et se poursuit avec Tartuffe et Dom Juan ? La cabale contre Molière renvoie à la lutte entre la vielle Cour qui entoure Anne d’Autriche et où sévit le parti dévot et la jeune Cour autour de Louis XIV qui cherche à se dégager du joug maternel et à asseoir son règne sur une nouvelle philosophie du plaisir selon la nature. C’est pourquoi on peut dire que L’Ecole des Femmes n’est pas, en dépit de ses apparences farcesques (le barbon joué par deux jeunes gens amoureux) une oeuvre si différente des deux grandes pièces polémiques qui suivront. Il est intéressant de voir la continuité de l’entreprise moliéresque autant que d’en remarquer la diversité.

Arnolphe

Trois visages d’Arnolphe se superposent :

Le barbon jaloux, figure du ridicule.

L’homme qui tombe éperdument amoureux et souffre profondément.

Le monomaniaque, obsédé par le cocuage, monomaniaque utopiste qui veut, contre tout et tous affirmer que son système est le bon

On pourra judicieusement s’appuyer sur les différentes interprétations d’Arnolphe dans les documents de mise en scène dont on dispose pour faire sentir aux élèves combien ce type comique du barbon ridicule va bien au-delà du stéréotype et possède déjà dans ses différentes facettes une psychologie complexe loin du personnage de farce ou de commedia dell’arte.

La vision d’un Arnolphe monomaniaque, qui se découvre amoureux sur le tard mais qui veut avant tout avoir raison et est incapable de reconnaître son erreur de jugement, place le personnage dans la longue liste des monomaniaques moliéresques. Nous sentons bien là, en dépit de la diversité de sa dramaturgie, une des constantes du théâtre de Molière : stigmatiser par le rire l’erreur d’un personnage aveuglé par son obsession

A propos du couple Arnolphe/Agnès il faudra bien introduire les éléments sur la vie de Molière et remarquer l’étrange coïncidence de son destin avec celui de son personnage : marié l’année même de l’écriture de L’Ecole avec une très jeune Armande qui aurait pu (pourrait ?) être sa fille. Cependant la piste biographique n’amènera pas bien plus loin dans la connaissance de l’œuvre et de son contexte et reste tributaire de nos modes de pensée modernes qui s’éloignent beaucoup de la perception que le XVII° siècle pouvait se faire des choses. Ainsi Roger Duchêne dans son énorme biographie de Molière voit plutôt dans le mariage de Molière et d’Armande un mariage arrangé par la famille Béjart et Molière afin d’assurer un héritier au bien non négligeable acquis par l’entreprise théâtrale familiale, augmenté de l’héritage de Jean Baptiste Poquelin.

Il est vrai par ailleurs qu’Armande a trompé Molière dès les débuts de leur mariage et qu’il peut être légitime, si Molière était amoureux d’Armande, de voir dans L’Ecole la douloureuse catharsis de son auteur.

Les ennemis de Molière, en l’occurrence les comédiens de l’Hôtel de Bourgogne, spécialistes de la tragédie redoutant la concurrence de ce " farceur " qui faisait accourir tout Paris et avait en outre la faveur du Roi, n’ont pas manqué d’envoyer au Roi un libelle dénonçant, par la plume de l’acteur Monfleury, Molière " qui épouse la fille et a autrefois couché avec la mère ".

On le voit, l’accusation d’inceste n’est pas loin. Le Roi montrera le peu de cas qu’il fait de pareilles requêtes en étant quelques semaines plus tard parrain de l’enfant né de cette union décriée.

Horace

Amoroso de commedia dell’ arte, jeune premier séduisant, Horace est à sa manière aveuglé par l’amour. Toute l’intrigue repose sur son incapacité à voir le malaise d’Arnolphe et à décrypter sa double identité. Faut-il n’y voir alors q’un personnage de pure fonctionnalité ou un personnage totalement idiot ? La comparaison des mises en scène ouvre les divers traitements possibles d’Horace.

D’une manière générale il sera intéressant de comparer la lecture que les différents metteurs en scène font du trio. En effet isoler les personnages n’est qu’une étape. S’il s’agit de projeter imaginairement une Agnès, un Horace, un Arnolphe sur la scène d’un théâtre, leur projection respective dépendra étroitement de celle des autres : un Arnolphe repoussant et un Horace charmeur ne raconteront pas la même histoire qu’un Horace benêt et un Arnolphe doté du charme de la maturité et empruntant le visage de Pierre Arditi dans la mise en scène de Didier Besaze.

 Le dénouement :

On peut parler comme souvent chez Molière de double dénouement :

Le dénouement de l’intrigue tout d’abord est parfaitement traditionnel : grâce au coup de théâtre que constituent l’arrivée des deux pères et leur projet de mariage, l’ " happy end " est assuré et le mariage, de rigueur à la fin de toute comédie, peut avoir lieu. On remarque le peu de cas que Molière fait de ce dénouement parfaitement invraisemblable. Il faut savoir cependant que personne n’attend d’un dénouement de comédie qu’il soit vraisemblable ; c’est la loi du genre. Molière loin de se préoccuper de vraisemblance, stylise son dénouement en répartissant également le récit entre les deux pères, jouant sur l’alternance de parole créatrice de rythme

Il existe cependant un deuxième dénouement : Arnophe s’échappe en lassant échapper un cri ou un soupir (là encore les interprétations seront variées) et cette onomatopée renferme toute sa désillusion, sa souffrance et sa défaite. Loin du dénouement de comédie, le personnage qui clôt la pièce est bien Arnolphe et sa déroute est plus pitoyable que comique.

 

 

http://www.alalettre.com/moliere-oeuvres-ecole-des-femmes.php

 

Rédigé par memoiresdeprof.over-blog.com

Publié dans #Littérature

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Luna 04/05/2011 08:42


"L'école des femmes" de Molière est vraiment une pièce magnifique où l'on rit à chaque instant... Je ne suis vraiment pas déçue de cette lecture simple mais efficace ! Comme quoi, même après
plusieurs siècles, le talent reste !
Je viens d'ailleurs de publier m:on avis sur cette pièce de l'auteur sur mon blog...

Joli article, je reviendrais ;)
Bonne continuation !!