"Eugénie Grandet" (1833) Honoré de Balzac : La mort de Grandet

Publié le 28 Janvier 2012

 

 

 

 

Les romanciers du XIXe siècle ont décrit de façon superbe la fascination

exercée par l'argent sur leurs contemporains.
Chez Balzac, le maniement de l'argent est encore celui d'un capitalisme balbutiant. Les personnages de thésaurisateurs, de médiocres usuriers ou d'avares provinciaux qui contemplent leurs trésors de pièces amassées sont

plus nombreux que les hommes d'affaires qui se lancent dans des opérations financières de grande envergure comme chez Zola qui met en scène, par exemple, les spéculateurs parisiens de la seconde moitié du XIXe siècle. Mais dans tous les cas, la matérialité des espèces et particulièrement des pièces permet de rendre compte du pouvoir magique de l'argent.
Grandet, qui se livre au début du roman à des activités financières, modestes certes, mais méthodiques et fructueuses, est gagné à la fin du récit par l'avarice.

 

http://classes.bnf.fr/franc/nav/index_piste.htm

 

 

 

 

 

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Eugénie Grandet Mario Soldati (1946) avec Alida Valli

  

http://www.youtube.com/watch?v=RnN6HTT0us8

 

 

 

 

je m'excuse  de mon choix pour ce film en italien ...

 

mais comment oublier Alida Valli?

 

 

 

Aussi la mort de cet homme ne contrasta-t-elle point avec sa vie. Dès le matin il se faisait rouler entre la cheminée de sa chambre et la porte de son cabinet, sans doute plein d'or. Il restait là sans mouvement, mais il regardait tour à tour avec anxiété ceux qui venaient le voir et la porte doublée de fer. Il se faisait rendre compte des moindres bruits qu'il entendait ; et, au grand étonnement du notaire, il entendait le bâillement de son chien dans la cour. Il se réveillait de sa stupeur apparente au jour et à l'heure où il fallait recevoir des fermages, faire des comptes avec les closiers, ou donner des quittances. Il agitait alors son fauteuil à roulettes jusqu'à ce qu'il se trouvât en face de la porte de son cabinet. Il le faisait ouvrir par sa fille, et veillait à ce qu'elle plaçât en secret elle-même les sacs d'argent les uns sur les autres, à ce qu'elle fermât la porte. Puis il revenait à sa place silencieusement aussitôt qu'elle lui avait rendu la précieuse clef, toujours placée dans la poche de son gilet, et qu'il tâtait de temps en temps. D'ailleurs son vieil ami le notaire, sentant que la riche héritière épouserait nécessairement son neveu, le président, si Charles Grandet ne revenait pas, redoubla de soins et d'attentions : il venait tous les jours se mettre aux ordres de Grandet, allait à son commandement à Froidfond, aux terres, aux prés, aux vignes, vendait les récoltes, et transmutait tout en or et en argent qui venait se réunir secrètement aux sacs empilés dans le cabinet. Enfin arrivèrent les jours d'agonie, pendant lesquels la forte charpente du bonhomme fut aux prises avec la destruction. Il voulut rester assis au coin de son feu, devant la porte de son cabinet. Il attirait à lui et roulait toutes les couvertures que l’on mettait sur lui, et disait à Nanon : – Serre, serre ça, pour qu’on ne me vole pas. Quand il pouvait ouvrir les yeux, où toute sa vie s’était réfugiée, il les tournait aussitôt vers la porte du cabinet où gisaient ses trésors en disant à sa fille : – Y sont-ils ? y sont-ils ? d’un son de voix qui dénotait une sorte de peur panique.

— Oui, mon père.
 — Veille à l’or, mets de l’or devant moi.

Eugénie lui étendait des louis sur une table, et il demeurait des heures entières les yeux attachés sur les louis, comme un enfant qui, au moment où il commence à voir, contemple stupidement le même objet ; et, comme à un enfant, il lui échappait un sourire pénible.

— Ça me réchauffe ! disait-il quelquefois en laissant paraître sur sa figure une expression de béatitude.

Lorsque le curé de la paroisse vint l’administrer, ses yeux, morts en apparence depuis quelques heures, se ranimèrent à la vue de la croix, des chandeliers, du bénitier d’argent qu’il regarda fixement, et sa loupe remua pour la dernière fois. Lorsque le prêtre lui approcha des lèvres le crucifix en vermeil pour lui faire baiser le Christ, il fit un épouvantable geste pour le saisir. Ce dernier effort lui coûta la vie. Il appela Eugénie, qu’il ne voyait pas quoiqu’elle fût agenouillée devant lui et qu’elle baignât de ses larmes une main déjà froide.

— Mon père, bénissez-moi.

— Aie bien soin de tout. Tu me rendras compte de ça là-bas, dit-il en prouvant par cette dernière parole que le christianisme doit être la religion des avares.

 

 

 

 

Eugénie Grandet (TV) 1994

   

 

 

 http://www.ina.fr/fictions-et-animations/telefilms-et-dramatiques/video/CPC94001482/eugenie-grandet.fr.html

 

 

  

 Littérature audio.com

 

http://www.litteratureaudio.com/index.php?s=Eug%C3%A9nie+Grandet&sbutt=Ok

 

 

  

 

 

Eugénie Grandet, le roman du roman de Serge Bonnery

 

 

 http://chantiers.org/balzac2.htm

 

 

 

 

Rédigé par memoiresdeprof.over-blog.com

Publié dans #III D ESABAC

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