Correspondances, Charles Baudelaire

Publié le 12 Janvier 2011

 

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 CORRESPONDANCES

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

II est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
- Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l'expansion des choses infinies,
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,
Qui chantent les transports de l'esprit et des sens

 

Baudelaire et les femmes

   

 

Sorabji - Correspondances (pour soprano et  piano)

 

 

 

1. Situation :

Baudelaire , très influencé par le romantisme et le Parnasse s'est imposé comme le chef de l'école symboliste, reconnu par Rimbaud comme le " vrai dieu ".

Innovateur, il ouvre des voies nouvelles :

- en se situant dans une conception platonicienne de l'univers,

- en conférant à la poésie la fonction de symboliser, c'est à dire d'unifier, de relier, pour cela en systématisant le pratique des correspondances.

Ce sonnet est donc très important dans l'esthétique symboliste et Baudelairienne.
2. Lecture

Il s'agit d'un poème didactique.

Le poète livre une méthode, celle de la synesthésie, c'est à dire des équivalences sensorielles.

Cette recherche apportera dans le texte un grand nombre de comparaisons.

Le poète utilise habilement la structure du sonnet :

- les 2 quatrains constituent le temps théorique,

- les 2 tercets livrent le développement d'équivalence.

On peut se demander comment le poète parvient à livrer un enseignement, une méthode, tout en donnant à son texte une grande portée poétique.

On étudiera : - la théorie des synesthésies,

- puis l'analyse de la pratique de la synesthésie.
3. Commentaire :

Axe 1 : Théorie des correspondances:

Elles reposent à la fois :

- sur une certaine perception de l'Homme, dès le 1er quatrain, avec " L'Homme y passe à travers des forêts de symboles ".

L'Homme est simplement évoqué par le verbe " passer ", qui connote l'éphémère, et une certaine passivité.

Le rythme de l'alexandrin, ou tétramètre, trop régulier et monotone déshumanise l'Homme en lui donnant un certain automatisme.

Cette perception de l'Homme amène une dénonciation, et l'Homme réagit en ouvrant ses sens.

- une certaine perception de la nature, qui est perçue positivement. Le mot " Nature " reçoit une majuscule, l'" homme " n'en a pas.

La Nature a 3 qualités dans le texte :

- elle est vivante, avec " vivant, parole, observe, regards familiers, . "

Parole, regard attribué à la Nature qui s'associe à la perception humaine.

- elle est religieuse. " La Nature est un temple ", " pilier ". Sens très vaste du mot " religion ", qui est ici lieu de liaison, lieu qui donne du sens en reliant le sensible à l'invisible, le physique au métaphysique.

- La nature est aussi un lieu symboliste : " l'homme y passe à travers des forêts de symboles ", Donc, des forêts de liaison, de liens, avec un champ lexical  positif : observe avec des regards familiers.

Ce premier quatrain et donc un quatrain d'avertissement.

La nature est un lieu de symbole qui donne naissance à la condition de l'homme pour peu que ce dernier ouvre ses sens, ne reste pas sourd ni aveugle.

La théorie apparaît dans le 2ème quatrain.

" Les parfums, les couleurs et les sons se répondent ".

C'est un vers particulièrement travaillé au niveau syntaxique, avec l'énumération de 3 sujets participant à la même action.

Voix pronominale réciproque : chaque sujet agit sur l'autre. La formule revêt presque la tonalité d'une maxime, et est une règle essentielle du symbolisme.

On appréciera la structure du quatrain nous permettant d'attendre la maxime, la laisse en suspens, et en exprimant d'abord une 1ère comparaison :

" Comme de long échos qui de loin se confondent ".

Le poète ne dissocie pas l'apport théorique de la pratique.

Axe 2 : Analyse de la pratique de la synesthésie :
 " Il est ", donc est sensible, donc existe
.

Il part d'une sensation très secrète, abstraite, le parfum. Le parfum est impalpable, mais allitérations de fricatives, consonnes de vent en allitérations.

Il faut lui trouver des équivalences plus palpables.

Sensations avec trois " comme " successifs, avec du :

· tactile : " chairs d'enfants fraîches ",

· musical : " le hautbois ",

· visuel : " vent, prairie, printemps ".

De plus, on remarquera que ces sensations ne sont pas enfermées, mais débordent de leur domaine.

Gradation à travers ces 3 qualités :

- corrompu : il est lourd,

- riche : il est tenace,

- triomphant : il est dominant.

Gradation qui culmine par le mot très fort " expansion ", qui montre que le parfum prend plus d'ampleur encore. La gradation se continue à l'infini comme si cette sensation provoquait chez le poète l'élévation, et un oubli du spleen, un transport vers l'idéal.

Cette démarche ne peut pas dissocier les sens et l'esprit.

Dans cette gradation, le poète retrouve les sensations les plus lourdes, capiteuses, comme " le musc, le benjoin, encens,. "

Mais au terme de ces sensations, c'est l'esprit qui culmine, du fait que l'idéal peut-être atteint par la quête des sens.
 Conclusion Globale

On conviendra de la grande virtuosité de ce poète qui parvient à cacher l'intention première du texte - dénonciation assez dure du comportement humain,

- révélation d'une méthode.

 

 

Rédigé par memoiresdeprof.over-blog.com

Publié dans #III D ESABAC

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